Archive pour mai 2009

Condamné en première instance à la peine capitale

Jeudi 28 mai 2009

Le procès en appel de l’affaire, dont Mohamed Baba Nedjar a été condamné en première instance à la peine capitale par le tribunal de Ghardaïa, s’est ouvert hier à la cour de Médéa.  Toutes les issues menant au siège de la cour étaient fermées à la circulation automobile et un dispositif de sécurité était mis en place dès le matin pour canaliser le flux de personnes venues de Ghardaïa pour assister au procès. La salle d’audience, où étaient présents des militants des droits de l’Homme, des membres de la famille de l’accusé arborant des tee-shirts à son effigie, et des représentants de la presse, a vu défiler plusieurs personnes appelées à la barre par le juge afin de confirmer ou infirmer leurs déclarations contenues dans le dossier dans l’affaire jugée en première instance en 2006 par le tribunal de Ghardaïa sur le meurtre par immolation de Bazzine Brahim, chef de la section locale du Croissant-Rouge algérien.
Interrogé à propos de la disparition du domicile de son fils, pendant quatre jours, après les faits sans pour autant prendre la précaution d’alerter les services de sécurité, le père de l’accusé a répondu à toutes les questions qui lui ont été posées par le magistrat ainsi qu’à celles relatives à sa vieille motocyclette et à la présence d’un bidon d’essence trouvé par les enquêteurs sous un lavabo au domicile. M. Karim Tabbou, premier secrétaire national du FFS, était parmi les personnes présentes au procès pour apporter le soutien de son parti à la victime qui, a-t-il indiqué, a été condamnée afin de casser l’élan de mobilisation politique de la région et d’impliquer les militants et les dirigeants du FFS. “Il y a là une vraie manœuvre orchestrée pour salir notre parti. Les interrogatoires faits à l’accusé montrent bien que les autorités sont allées au-delà des procédures normales. Bien au contraire, elles ont fait preuve de parti pris contre notre parti. Nous exigeons un procès équitable.” À propos de l’internationalisation de l’affaire, le premier secrétaire du FFS fera savoir que c’est un moyen de porter l’affaire à la connaissance de l’opinion publique et qu’il est espéré que le procès qui est en train de se dérouler à Médéa respecte les droits de chacun, sans constituer un moyen de pression sur une quelconque partie ou sur une région.

Ghardaïa: Le FFS dénonce des intimidations policières

Mardi 26 mai 2009

babanadjar.jpgLa fédération de Ghardaïa du Front des forces socialistes (FFS) a dénoncé hier «le retour des intimidations policières contre les militants du parti».
Mettant «ces pressions» dans le contexte du procès de Mohamed Baba Nedjar, programmé pour après-demain au tribunal de Médéa, la fédération rapporte dans un communiqué rendu public hier que «des policiers ont interrogé de manière menaçante les propriétaires des commerces adjacents au siège de la fédération du FFS, sur la personne et le lieu où se trouve Kamel Eddine Fekhar». La même source souligne que l’affaire Baba Nedjar condamné à mort pour meurtre «est un complot monté par le pouvoir judiciaire contre le mouvement de protestation pacifique de Ghardaïa et à sa tête le docteur Kamel Eddine Fekhar, militant du FFS et de la Ligue de défense des droits de l’homme».

Le FFS de Ghardaïa estime que Baba Nedjar, dont le procès en appel doit s’ouvrir le mercredi 27 mai à Médéa, «a refusé de monnayer sa libération contre l’implication des dirigeants du parti et de la ligue dans cette affaire». Les militants du parti de Hocine Aït Ahmed dans la vallée du M’zab ont exigé de l’appareil judiciaire de Ghardaïa «de ne pas être un outil aux mains du pouvoir exécutif, de cesser ces actes d’intimidation et de s’occuper de sa mission réelle qui est de préserver la paix et l’intégrité des citoyens et de leurs biens». En prévision du procès en appel de Baba Nedjar, un comité international pour un procès équitable a vu le jour, en sus du comité d’avocats devant prendre la défense du jeune condamné à mort.

«Le père de Anis Rahmani est un Harki»

Mardi 26 mai 2009

chourouk.jpgLe président de la coordination nationale des enfants de chouhada (CNEC), Khaled Bounedjma, a déposé plainte auprès de la justice contre le directeur de la publication du quotidien arabophone «Ennahar», Anis Rahmani, pour «atteinte» à la dignité de sa famille et l’honneur du Chahid. La publication d’une photo de Bounedjma, accompagné de son épouse, n’avait pas été acceptée par l’intéressé qui menace de brûler le siège du quotidien, dans le cas où l’Etat «ne met pas un terme à ce personnage qui menace le pays en faisant l’apologie du terrorisme». M. Bounedjma a déclaré, au cours d’une conférence de presse, spécialement organisée à ce sujet, que «le dénommé Anis Rahmani n’a pas seulement touché à la dignité de ma petite famille mais il a ouvert le feu sur la famille révolutionnaire» il est, ajoute-t-il, «un fils de Harki».

Ce comportement, poursuit le conférencier, peut exposer ma famille au danger parce que la menace terroriste existe toujours. Il s’interroge, enfin, sur les parties qui soutiennent Anis Rahmani. Khaled Bounedjma a distribué un document, signé par cinq moudjahidine, de la Wilaya d’El Bayadh, attestant que le père de Anis Rahmani est un Harki et qu’il a rejoint l’Armée Nationale Populaire pour cacher sa trahison. L’orateur, qui était extrêmement irrité, est allé jusqu’à accuser le directeur de la publication du quotidien, d’être «au service du renseignement français». El Khabar

Action de protestation des citoyens de Feraoun:La R.N.75 fermée à la circulation:

Samedi 23 mai 2009

Aux premières heures de la matinée du mardi dernier, des citoyens de la commune de Feraoun ont fermé la RN 75, au niveau du lieu-dit Boufetloune  pour interpeler les autorités au sujet de la lenteur des travaux d’aménagement et de revêtement du tronçon Boufetloune- Feraoun, sur une distance de 10 km.

Informé de la situation, le maire de la commune de Feraoun n’a pas tardé à se déplacer sur les lieux et s’entretenir avec les contestataires et tenter de trouver une issue à cette crise. En effet, selon un habitant du village El-Kitoun, le maire a immédiatement joint par téléphone le responsable de l’entreprise en charge des travaux. A son arrivée, celui-ci a pris l’engagement que les travaux débuteraient  dans un délai de 20 jours.   

Par ailleurs, si le Chef de Daïra et le Chef de Sûreté  d’Amizour se sont rendus également sur les lieux, les élus locaux ont, sans surprise, brillé par leur absence, alors qu’ils sont concernés par ces  perturbations qui touchent  les populations mais surtout les écoliers des villages El Kitoune, Afra et El-Koumi  qui éprouvent toutes les difficultés à rejoindre leur établissement scolaire.

Les autorités de la commune d’Amizour, informées par téléphone, par le chef  de parc se sont contentées de dépêcher un véhicule pour assurer le transport de leur employé

Extrait du témoignage de Hocine Aït-Ahmed (ffs1963)

Samedi 23 mai 2009

aitahmed1.jpg“(…)Et sans rentrer dans les détails des usurpations qui ont suivi la libération, même parmi ceux qui se sont sincèrement investis dans la lutte pour l’indépendance, sont manifestés les traits haïssables de l’autoritarisme. Il n’est utile de spéculer sur le passé ni de le réécrire à sa convenance; ce qui importe est de le connaître et d’en méditer les leçons. Il est d’autant plus utile de connaître son passé que nous vivons une époque bien curieuse. D’un côté, les colonialistes sont de retour et revendiquent sans vergogne les bienfaits de la colonisation et face à eux des pouvoirs corrompus et illégitimes font dans la surenchère nationaliste tout en remettant au goût du jour les pires méthodes coloniales dans la conduite des affaires nationales. Un dernier mot peut-être pour ce peuple algérien qui a tant donné..( un grand moment d’émotion) à une révolution qui n’aurait pas été possible sans lui, une révolution qui s’est fourvoyée dès qu’elle s’est détournée de son peuple pour se focaliser sur le culte du pouvoir. Je dédie ce témoignage à tous ceux qui, aux quatre coins de l’Algérie dans la diversité de leurs appartenances, sont restés fidèles à cette idée de liberté et de justice qui veut que les pouvoirs soient au service des peuples et non le contraire. Je vous remercie “.

Un “député” appelle à l’ouverture d’une enquête sur la campagne de boycott du FFS (ffs1963)

Samedi 23 mai 2009

 Le “député” de l’Alliance nationale républicaine (ANR) de la wilaya de Béjaia, ancien Maire “indépendant” de la commune de Derguina, candidat malheureux aux sénatoriales en 2006 en dépit du soutien que lui ont apporté les élus du RND, Abdelmadjid Bektache, a appelé, jeudi lors de son intervention à l’APN, le ministre de l’Intérieur et des collectivités locales, Noureddine Yazid Zerhouni, à l’ouverture d’une enquête sur la campagne de boycott du scrutin présidentiel du 9 avril dernier, menée par le FFS dans la wilaya de Béjaia. Le “député” a accusé le FFS d’avoir obligé les citoyens à boycotter le scrutin présidentiel. “Un responsable d’un parti politique a animé 26 meetings populaires à Béjaia pour obliger les citoyens à boycotter l’élection présidentielle”, a dénoncé Bektache, en appelant Zerhouni à ouvrir une enquête sur l’action du FFS. L’intervenant, membre du bureau national de l’UDR de Amara Benyounes, a accusé un maire du FFS d’avoir licencié un agent communal pour son soutien au candidat Abdelaziz Bouteflika. Le “député” de l’ANR mérite bien une prime de délation.

Entreprise de réparation navale de Béjaïa(ELWATAN)

Samedi 23 mai 2009

Des contractuels en chassent d'autres

Des contractuels en chassent d’autres

L’unité nationale de Béjaïa (UNAB) relevant de l’entreprise de réparation navale (ERENAV) connaît un mouvement de protestation d’une soixantaine d’ouvriers auxquels la direction a mis fin aux contrats. Les protestataires ne s’expliquent pas deux choses : qu’on les mette dehors quelques jours avant que le car-ferry El Djazaïr n’entre pour réparation et que l’on achemine, au même temps, des cohortes d’ouvriers à partir d’Alger.

« On a ramené plus de 80 contractuels, dont plus d’une vingtaine de manœuvres, de l’unité d’Alger. Ils sont là à travailler alors que nous, nous chômons » dénonce un ouvrier, signataire d’une pétition de prés de 35 noms. Seuls quelques-uns parmi leurs collègues contractuels de Béjaïa interviennent actuellement sur El Djazaïr qui a mouillé au dock flottant le 8 mai dernier. Il reprendra, aprés réparation, le large le 27 mai. « On peut admettre à la limite qu’on envoie du personnel spécifique pour certaines opérations délicates mais là à envoyer des manœuvres ordinaires, des soudeurs, des chaudronniers contractuels avec une prise en charge totale et 3000 DA/jour de frais de mission en prime, cela n’obéit à aucune logique de rentabilité » écrivent les pétitionnaires qui notent qu’avec le personnel local, l’unité gagnerait à économiser la facture « coûteuse » de la prise en charge. « Même si cette façon de faire paraît logique pour la direction générale, il demeure inacceptable et inadmissible qu’on licencie des ouvriers de l’unité de Béjaïa pour faire place au personnel recruté à Alger et envoyé à Béjaïa avec toutes les charges que cela induit » ajoutent-ils.

Selon eux, avec El Djazaïr, ils sont à leur troisième arrêt technique. Le premier est survenu avec l’arrivée le 13 février dernier du car-ferry Tarik Ibn Ziyad qui est reparti 21 jours aprés. Et le deuxième lorsque a accosté le 4 avril le Tassili II, reparti 14 jours plus tard. Pour le premier car-ferry, il a été fait appel à 114 ouvriers venus d’Alger et presque la moitié pour le deuxième bateau, soutiennent-ils. « Seuls quelques-uns de nos mécaniciens, tuyauteurs et employés de lavage ont intervenu sur le Tassili II. Le reste, soit plus de 200 ouvriers, émargeait aux frais généraux, payé sans travailler » rapporte un des contractuels. « Je suis diplômé de la GTP d’Oran et j’estime avoir une bonne expérience » soutient un soudeur qui a cumulé des contrats mensuels renouvelés chaque mois depuis prés de cinq ans jusqu’à avril dernier. Comme lui, beaucoup ont profité d’une offre des œuvres sociales et acheté du matériel électroménager à payer en six mois. Ils ont du le payer à la fin de leurs contrats, soit le mois d’après. D’une seule traite.

« Nous avons ainsi été privés de la prime que nous attendions » déplore notre interlocuteur. En fait, ils voient derrière le non renouvellement des contrats un prélude à la « privatisation » de leur unité. « On veut l’étouffer » soupçonnent-ils. « L’unité est victime d’une conspiration de la part de la direction générale à l’effet de s’emparer de son outil principal qui est le dock flottant au profit de l’unité d’Alger » écrivent-ils dans le document qui a été soutenu par une pétition. En plus clair voilà ce qu’ils suspectent : « ils s’attellent à occuper l’unité de Béjaïa d’abord par une asphyxie financière et ensuite par une restriction de son plan de charge pour justifier l’arrêt des contrats de son personnel ». Ils appréhendent tout simplement la voie de la privatisation sur laquelle aurait été mise l’unité d’Oran et qui « guetterait » l’unité d’Alger. Selon des indiscrétions, l’UNAB, qui n’a pas vécu auparavant de telles perturbations, réalise, depuis au moins les dernières années, de belles performances

Bibliothèque communale d’Amizour : Un lot de 4500 livres bloqué au port (ELWATAN)

Vendredi 22 mai 2009

Quatre mille cinq cents livres offerts pat la médiathèque intercommunale Pézenas de France pour la bibliothèque municipale d’Amizour, sont bloqués au niveau du port de Béjaïa depuis leur arrivée le 14 octobre 2007, apprend-on des responsables de l’APC d’Amizour.

Pour récupérer ce don d’ouvrages de divers domaines, l’exécutif communal a entrepris plusieurs démarches auprès des services concernés, affirment les élus. A commencer par la demande de dédouanement faite le 16 janvier 2008 et une autre sollicitant l’autorisation du ministère de la culture formulée le 27 juillet de la même année. Une demande de main levée a été ensuite faite le 10 janvier 2009, après expiration du délai réglementaire. Après avoir obtenu l’avis favorable, l’APC d’Amizour a été informée par son transitaire que la levée de la marchandise est soumise à une amende pécuniaire. Ce qui a conduit l’APC à adresser à la direction des douanes, début mars dernier, une demande de dispense de paiement. Après ce marathon administratif, la situation est en stand-by, selon M. Salem Mammeri, P/APC d’Amizour. « La dernière demande qu’on a faite pour obtenir la dispense de paiement, avait pour objectif de récupérer la marchandise sans devoir payer la pénalité de dépôt, car il s’agit d’une opération d’intérêt public et non pas personnel », déclare notre interlocuteur.

« La ville d’Amizour, connue pour son nombre important d’élèves et d’étudiants, attend toujours ces ouvrages qui vont enrichir les rayonnages de notre espace de lecture. Nous voulons que cet obstacle soit levé et nous sollicitons à cet effet monsieur le wali pour qu’il intervienne auprès des services concernés afin que le problème trouve une solution le plus tôt possible » ajoute M. Mammeri. Par ailleurs, les bibliothécaires exerçant au sein de la bibliothèque communale, qui renferme plus de 3000 titres, estiment de leur coté que les livres tant attendus feront à coup sûr des heureux parmi les amoureux de la lecture. Comme ils ne manqueront pas de susciter un intérêt chez le large public de la ville d’Amizour et renouer certainement des liens avec la lecture.

L’initiative ayant abouti à ce don important d’ouvrages, faut-il le noter, émane d’une jeune fille animatrice au niveau de la médiathèque de Pézenas et native de la région d’Amizour. Voulant tisser des liens culturels avec son pays et sa région d’origine, la jeune étudiante visitera, et pour la première fois en août 2007, le pays de ses ancêtres suite à une invitation de l’APC d’Amizour. Fidèle à son engagement, l’animatrice a pu, dans trente jours seulement, effectuer, comme première passerelle culturelle, l’envoi des livres qui malheureusement restent bloqués depuis presque trois ans au niveau du port de Béjaïa.

La pratique des « disparitions forcées » constitue-t-elle un crime contre l’humanité en Algérie ?(ALGERIA WATCH)

Vendredi 22 mai 2009

Lors de sa 87e session du 9 au 13 mars 2009 à Genève, le Groupe de travail sur les disparitions forcées et involontaires de l’ONU (GTDF) a adopté un Commentaire de la « Déclaration pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions » de décembre 1992. Dans celui-ci, il assimile la pratique de la disparition forcée, lorsqu’elle a un caractère systématique et généralisé, à un crime contre l’humanité. Afin de mieux saisir la portée de ce Commentaire, Olivier de Frouville, expert indépendant membre du GTDF depuis novembre 2008, a bien voulu répondre aux questions d’Algeria-Watch.

Olivier de Frouville, Interview d’Algeria-Watch, 22 mai 2009

1- Le groupe de travail estime que la définition du crime contre l’humanité de l’article 7§1 des Statuts de la Cour pénale internationale peut être appliquée aux dispositions de la Déclaration pour la protection de toute les personnes contre les disparitions de 1992. Cela signifie-t-il que le processus d’examen des cas de disparition va être modifié et quels sont alors les nouveaux critères appliqués?

R. Non, les méthodes de travail restent inchangées. Comme vous le savez, le Groupe de travail est avant tout un mécanisme « humanitaire » dont le rôle est de faciliter la communication entre les familles des disparus et les Gouvernements concernés, ceci en vue d’éclaircir les cas de disparitions, c’est à dire de retrouver les disparus, que ceux-ci soient vivants – en liberté ou en détention – ou morts. Mais le Groupe de travail s’est également vu confier le mandat d’évaluer les progrès faits par les Etats dans l’application de la Déclaration pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées de 1992. Dans le cadre de ce mandat, le commentaire général interprète la Déclaration à la lumière des développements du droit international intervenus depuis 1992. Le Préambule de la Déclaration stipule que la pratique systématique des disparitions forcées est de l’ordre du crime contre l’humanité. Il était nécessaire de mettre à jour cette référence.
En même temps, le Groupe de travail reconnaît qu’en cas de crimes contre l’humanité, son action doit être conjuguée à celle d’autres organes compétents – de la même manière qu’en cas de disparitions forcées intervenant dans le contexte d’un conflit armé interne, l’action du Groupe doit de toute évidence aller de pair avec celle du Comité international de la Croix Rouge. Ce sont des actions complémentaires.

2- Le Groupe de travail envisage de transférer les cas de disparitions forcées qui lui sont soumis aux instances internationales compétentes pour juger des crimes contre l’humanité. Quelles sont ces instances? De quelles manières concrètement le Groupe de travail compte-t-il les saisir? Quelle est la procédure?

R. Le document parle plutôt de « claims » et non de cas. Il est prévu que lorsque le Groupe de travail est saisi de « claims », c’est à dire d’allégations, selon lesquelles une pratique de disparition forcée pourrait être qualifiée de crimes contre l’humanité, alors le Groupe de travail analysera ces allégations à la lumière de la définition des crimes contre l’humanité en droit international coutumier et transmettra (refer), le cas échéant, ces allégations aux organes compétents. Il ne s’agit pas d’une « procédure » à proprement parler, mais plutôt d’une simple transmission d’informations assorties d’un avis juridique. Les organes « compétents » sont d’abord les organes susceptibles de réagir en cas de violations graves des droits de l’Homme. Ce sont également les organes qui ont une compétence spécifique en matière pénale, ceux qui seraient en mesure, par exemple, d’engager des poursuites contre de présumés auteurs. Il faut enfin penser que les crimes contre l’humanité menacent le maintien de la paix et la sécurité internationales. A cet égard, l’Assemblée générale des Nations Unies et le Conseil de sécurité font également partie, à nos yeux, des « organes compétents ». Enfin, le texte précise que ces organes se situent au niveau international, régional ou national. Il y a donc une grande gamme d’organes possibles : c’est au Groupe de travail de juger le ou les organes le(s) plus approprié(s) à saisir en fonction des situations.

3- Le Groupe de travail peut il demander au Procureur de la Cour pénale internationale de se saisir dans le cas de pratique systématique de la disparition forcée ?

R. L’article 15 du Statut de la Cour prévoit que le Procureur peut recevoir des « renseignements concernant des crimes relevant de la compétence de la Cour » et « rechercher des renseignements supplémentaires auprès d’Etats, d’organes de l’Organisation des Nations Unies, d’organisations intergouvernementales et non gouvernementales, ou d’autres sources dignes de foi qu’il juge appropriées ». Il appartient ensuite au Procureur de vérifier le sérieux des renseignements reçus et de déterminer s’il y a une base raisonnable pour ouvrir une enquête. Donc le Groupe de travail n’a rien à « demander » au Procureur, mais il peut, comme d’autres, attirer l’attention du Procureur sur certaines allégations qui paraissent relever de la compétence de la Cour.

4- Le pays mis en cause doit il avoir ratifié le statut de Rome pour permettre une saisine ?

R. Il est bien évident qu’il serait incongru de transmettre des informations au Procureur à propos d’une situation pour laquelle la Cour serait prima facie incompétente. Ce serait faire perdre du temps au Bureau du Procureur. Actuellement 108 Etats sont parties au Statut et l’article 12 précise que la Cour est compétente soit lorsque les crimes ont été commis sur le territoire d’un Etat partie, soit lorsque l’auteur des crimes est ressortissant d’un Etat partie. Ces conditions ne sont toutefois pas requises lorsque la Cour est saisie par le Conseil de sécurité, agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte, comme cela a été le cas pour le Darfour.

5- Le refus des pays d’éclaircir les situations constitue-t-il l’une des causes qui pourraient amener le GTDF à soumettre cette situation aux juridictions internationales?

R. Si le Groupe estime, après analyse, que les allégations dont il a été saisi semblent révéler la commission de disparitions forcées qualifiables de crimes contre l’humanité, alors il transmettra ces informations et son avis aux organes appropriés. Encore une fois, les juridictions internationales ne sont pas les seuls « organes appropriés ». La solution la plus souhaitable est sans aucun doute que ces allégations soient prises au sérieux par le gouvernement concerné et que celui-ci lance des enquêtes pour faire toute la lumière sur ces allégations, satisfaire le droit à la vérité et le droit à réparation des familles et, le cas échéant, traduire les responsables en justice.

6- Considérez vous que la question de la disparition forcée constitue un crime contre l’humanité en Algérie comme l’a affirmé un expert du Comité des droits de l’homme lors de l’examen du rapport périodique en octobre 2007 ? Le fait que la pratique systématique de la disparition forcée en Algérie date des années 90 constitue-t-il une entrave à la saisine des instances internationales ?

R. En l’état, le Groupe de travail n’a pas été saisi d’allégations dans ce sens. S’il l’était, il examinerait évidemment la question comme pour toute autre situation, c’est à dire qu’il étudierait ces allégations au regard de la Déclaration, à la lumière du droit international coutumier, puis transmettrait, le cas échéant, ces informations aux organes compétents qu’il estime le plus appropriés pour réagir.

7- Les autorités algériennes ont reconnu en 2005 le nombre de 6146 disparus ; lors d’une rencontre à Genève à laquelle ont participé des membres de l’institution nationale des droits de l’homme en mars 2009, un de ses membres a indiqué que 8023 disparus avaient entre temps été recensés. 2730 cas ont été soumis au Groupe de travail. Est ce que le fait de reconnaître officiellement un tel nombre de disparus permet-il de qualifier cette violation de « crime contre l’humanité »

R. Le nombre de victimes n’est pas le seul critère du crime contre l’humanité en droit international coutumier. Ce qui est certain, c’est que cette reconnaissance est un signe positif. Elle signifie que la question n’est pas occultée en Algérie, qu’elle continue à être débattue. Pour le Groupe – qui a été effectivement saisi de nombreux cas – c’est encourageant, même si ça n’est pas suffisant.

8 – Quel peut être le rôle des ONG dans cette nouvelle approche du Groupe de travail ?

Les ONG sont des acteurs essentiels du système de protection des droits de l’Homme. Ce sont elles qui fournissent la grande majorité des informations utilisées par les procédures de l’ONU. Le rôle de ces procédures n’est pas de se faire le porte-voix des ONG – elles n’en ont pas besoin – mais d’opérer comme des tiers impartiaux entre elles et les gouvernements pour tenter de concilier leurs points de vue, de faciliter leur dialogue et, si ce n’est pas possible, pour dire de quel côté est le droit.

Compte-rendu de la conférence de Hocine Aït-Ahmed à Nanterre.

Vendredi 22 mai 2009

Une journée d’études a été organisée par la BDIC (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine) autour du témoignage de Hocine Aït-Ahmed sur la colonisation et la guerre d’indépendance de l’Algérie (1945-1962) à l’université de Nanterre en région parisienne. 
La salle est presque pleine vers 9h30 et le public  venu écouter l’un des chefs les plus emblématiques de la révolution algérienne est constitué essentiellement d’historiens  et de quelques militants fidèles au rendez-vous. 

Comme à l’accoutumée, Hocine Aït-Ahmed ouvre la journée par une  intervention très  émotive tant les espoirs de démocratie et de liberté suscités par la guerre de libération nationale se trouvent confisqués aux lendemains même de l’indépendance.  Le témoin du jour rend hommage  au peuple algérien qui a «tout donné et n’a rien eu au retour». 

Des témoignages filmés de Hocine Aït-Ahmed, réalisés par une équipe de la BDIC en novembre 2008 et mars 2009, s’alternent avec des débats tout au long de la journée qui a été répartie en quatre grands thèmes: les lendemains du 08 mai 1945 et la préparation de la lutte armée; du 1er Novembre 1954 au congrès de la Soummam; le détournement de l’avion le 22 octobre 1956 contexte et conséquences et enfin l’indépendance de l’Algérie et la crise de l’été 1962. 

Il faut dire que des hauts de ses 84 ans,  Si l’Hocine n’a rien perdu de sa verve, ses souvenirs sont intactes et tous les  personnages qu’il a pu rencontrer dans son grand destin sont cités nommément avec  bien sûr un  qualificatif  pour chacun, de l’escroquerie du chef des oulémas à la calamité d’un certain Chadli El Mekki en passant par l’excellence du militant que fut Ouali Bennai, la lumière parlant du docteur Lamine Debaghine et, l’ignorance politique de Ahmed Ben Bella. Ces témoignages sont qualifiés d’excellents par les spécialistes de la période étudiée et surtout objectifs. 

A l’intervention de Jacques Simon, historien français né en Algérie, stipulant l’adhésion de Messali Hadj à l’action armée, le chef historique a opposé un démenti catégorique disant que Messali ne se préoccupait pas de l’avenir du mouvement national. A propos de ce dernier, Hocine Aït-Ahmed dira que c’est le dirigeant le plus civilisé de l’époque et que son erreur est de s’être laissé embrigader par la lutte des clans.

Interrogé sur l’affaire du détournement d’avion et ses circonstances, Hocine Aït-Ahmed met en exergue l’amateurisme de Ahmed Ben Bella et Mohamed Boudiaf lors de la rencontre avec Moulay Hassan. Ces derniers allaient donner le mandat au roi de parler au nom du peuple algérien lors de la conférence maghrébine de Tunis. Mais cet animal politique ne s’est pas laissé faire et a expliqué au Moulay  les efforts internationaux accomplis pour l’émergence et la reconnaissance d’une personnalité algérienne face à un colonialisme négateur. De Bandung à New York, cet infatigable militant a fait connaître la question algérienne, persuadé que seules la négociation politique et les pressions internationales aboutiraient à l’indépendance de l’Algérie. 

Des heures de témoignages vivants seront mises à la disposition du grand public dans les prochains jours au grand bonheur de tous ceux qui sont intéressés par l’Histoire de l’Algérie, la vraie. Et cela va sans dire que le Président du FFS promet d’accélérer la rédaction  du deuxième tome de ses mémoires. 

Des questions restent quand même posées, si ce n’est le malencontreux détournement d’avion la guerre d’Algérie- et le devenir du Maghreb- aurait peut-être pris une autre direction, celle de la primauté effective du politique sur le militaire ?  Mais une autre question me taraude l’esprit, comment Ben Bella, avec un QI inférieur à 50,  a pu imposer son leadership durant toutes ces années et surtout devenir le premier président de l’Algérie indépendante ? 

12345