L’enfance algérienne menacée ;805 agressions sexuelles en 5 mois

«La situation de l’enfant en Algérie, qu’on le veuille ou non, n’est guère reluisante », a déclaré, hier à Alger Abdelhak Mekki, directeur exécutif à la Fondation nationale pour la promotion de la santé et du développement de la recherche (FOREM).

S’exprimant lors d’une rencontre débat organisée au Centre de presse El Moudjahid, ce dernier n’est pas allé par des chemins sinueux pour estimer que « le constat est amer d’où l’impérieuse nécessité de trouver le remède.» Pour étayer ces dires, l’orateur a fait savoir que les droits des enfants sont, tout bonnement, bafoués.

« Nos enfants ne jouissent pas de tous leurs droits. Ils souffrent d’une foultitude de problèmes, entre autres, maltraitance, agressions sexuelles, violence physique… », a-t-il souligné. Un autre mal et non des moindres dont souffre l’enfant en est l’exploitation dans le milieu du travail. Les chiffres donnent le tournis.

Ils sont alarmants. Jugez-en : selon une enquête du Forem, dira, encore son directeur exécutif, pas moins de 300 000 enfants travaillent dans différents secteurs à l’instar du commerce et de bâtiment pour ne citer que ces deux secteurs…

Et si l’on ajoute ceux qui travaillent dans l’informel, dira-t-il encore, le chiffre atteindra, tenez-vous bien, 1,5 million d’enfants.

Et ce n’est pas tout : « le chiffre avoisinera les 2 millions s’il s’agissait d’une enquête ménage », a soutenu le même responsable, pour qui la situation économique et sociale du pays n’est pas pour améliorer celle des enfants.

Selon lui, la prise en charge de cet état de fait, on ne peut plus déplorable, ne demande pas beaucoup d’effort… mais « justes des mesures simples » : « C’est avant tout une question d’applications rigoureuse des textes.

Ce n’est pas les lois qui manquent mais c’est leur application sur le terrain qui continue à faire toujours défaut». Et pourtant sur ce point, le président de la cellule d’assistance juridique pour la mise en oeuvre de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, Merouane Azzi a indiqué qu’il existe tout un arsenal juridique permettant la protection et la promotion des droits de l’enfant.

Comment? À travers, a-t-il expliqué, la mise en oeuvre d’un code pénal qui prévoit, dans ces articles, notamment 261, 269 des sanctions sévères allant du 10 à 20 ans de prison aux cas de violence contre les mineurs. Et ce n’est pas tout : Il y a un également l’article 314 portant abandon des enfants et qui prévoit des sanctions allant d’une à 3 années de prison.»

Sauf que pour lui, cela est de loin insuffisant pour éradiquer définitivement les maux qui menacent nos enfants, même si « un nouveau code pour la protection des enfants est en cours d’élaboration au niveau de la justice ».

Reste qu’aux yeux du même responsable, la tache noire en est que l’application sur le terrain qui n’est pas effective et que l’enfant continue toujours à subir les pires des violences même de la part de ses proches ; ses parents, hélas.

Et l’intervenant de souligner, nous savons que la situation que vivent aujourd’hui les enfants est la résultante, sans contexte, de la tragédie nationale qui a endeuillé le pays tout entier. À quelque différence, Kheira Messaoudéne, commissaire principale à la DGSN a déclaré que notre pays vit une crise morale sans précédent caractérisée par la dégradation des moeurs et des valeurs.

Chiffres à l’appui, la conférencière a indiqué que 805 cas d’agressions sexuelles ont été enregistrés entre janvier et mai de l’année courante, alors que durant l’année 2008 quelque 1 637 affaires ont été traitées par les services de la police.

Pour elle, le fléau d’agressions sexuelles contre les enfants ne cesse de prendre de l’ampleur ces dernières années dans notre pays, dont la responsabilité incombe, a-t-elle soutenu, aux parents qui « font preuve de négligence inconsciente ». Selon elle, les parents sont responsables dans 90% des cas d’agression.

Les citoyens, de par leur passivité, ont également, à ses dires, leur part de responsabilité. S’agissant, enfin, de la délinquance juvénile, l’intervenante a indiqué que pas moins de 4 828 infractions enregistrées entre janvier et mai dont 2 107 cas de vol.(le courrier d’lgerie)

En somme, il convient de souligner que les spécialistes ont à moult reprises réclamé la nécessité de mettre en place un code de l’enfant seul mécanisme, à leurs dires, qui pourrait mettre fin aux doléances des enfants. Mais jusque-là les plaintes de ces derniers sont restées lettre morte…

 

La drogue et la déperdition scolaire

Tous les acteurs sociaux, chacun dans son domaine respectif, semblent s’intéresser davantage quant à la promotion des conditions de vie, ainsi que de la prise en charge de l’enfance en Algérie. Il ne se passe pas une journée sans qu’on aborde la situation de cette importante frange de la société.

Quelques jours seulement après la célébration de la Journée internationale de l’enfance marquée par maintes activités, les concernés de la question ont organisé, hier dans la matinée, une table ronde ayant pour thème « la situation générale de l’enfant en Algérie » vue de tous ses aspects, au centre de presse El Moudjahid.

En effet, cette table ronde a regroupé des spécialistes de la chose. De la DGSN, à la Fondation nationale pour la promotion et le développement de la recherche médicale (FOREM) et les juristes, tout le monde se sent concerné par l’amélioration des conditions de vie de l’enfant.

Dans son intervention, Abdelhak Mekki, de la FOREM, précise que « malgré tous les textes juridiques promulgués dans le sens de la protection de l’enfant, demeure insuffisant » car selon lui « il ne suffit guère d’avoir des (amendements protecteurs), mais le plus important est de les appliquer sur le terrain ».

L’intervenant dans son évaluation des faits, ne qualifie pas la situation actuelle de « dangereuse », mais ne manquera pas de préciser qu’ « elle doit changer en prenant les choses au sérieux. » La décennie noire s’est négativement répercutée sur l’état général du pays, ce qui de son tour ne fait que compliquer les choses à une enfance qui dans le plus part du temps se trouve livrée à elle-même.

Sorti à peine d’une crise, notre pays a eu tous les maux du monde à « reconstruire » les établissements scolaires ayant subi des dégâts partiels ou globaux. De grands efforts son consentis dans ce sens, et une nette progression a été enregistrée quant au taux des scolarisés en Algérie ; puisque 94% de nos enfants sont à l’école.

Le conférencier l’affirme une fois de plus, « le problème n’est pas celui de chiffres, personne ne pourrait dire le contraire, mais n’oublions pas que la déperdition scolaire fait ravage », et de se poser une question capitale « ou iront les 500 000 enfants âgés de moins de dix huit ans, ou les 150 000 âgés de moins de dix ans, après avoir quitté l’école. »

La réponse serait claire, ils feront partie pour la plupart d’entre eux de ceux qu’on appelle délinquants qui hantent les esprits des hommes et des femmes, de ces toxicomanes qui s’adonnent à toutes sortes de drogues.

« La toxicomanie, ce fléau duquel on ne cesse de parler, est présent dans nos établissements scolaires, la consommation de la drogue s’est répandue même dans le primaire » nous dira Mekki, et d’ajouter qu « il faut à tout prix venir à bout de ce problème. »

Pare ailleurs, le conférencier insiste sur ce qui est appelé le droit au secours, ce programme est une partie à ne pas négliger de la santé de la personne, et de l’enfant en particulier, l’intervenant n’est pas allé de mille chemins pour dénoncer les mauvaises conditions dans lesquelles vivent les enfants relogés dans des chalets préfabriqués suite aux différents séismes qu’a connus notre pays, et s’indigne pour le sort de ceux qui n’ont le moindre recoin pour se retrancher sauf la rue qui fait d’eux au fil des temps des postulants pour des embarcations à destination de… Dieu seul sait.

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