Mohamed Samraoui: “Il appartient à la justice de déterminer si le mis en examen est coupable ou pas…”

Dans un entretien à tsa-algerie.com, l’ancien colonel des services secrets algériens, Mohamed Samraoui, revient sur sa confrontation à Paris avec le diplomate Mohamed Ziane Hasseni. 

Vous avez été confronté par vidéoconférence au diplomate Mohamed Ziane Hasseni. Comment s’est déroulée cette confrontation?

Effectivement, la confrontation a eu lieu par visioconférence le jeudi 4 juin 2009. Compte tenu du fait qu´il m´était impossible de voyager hors d´Allemagne sans la levée du mandat d´arrêt émis par les autorités d´Alger, il s´agissait donc de l´unique alternative pour avancer dans le dénouement de cette affaire.

Je m´attendais plutôt à une audition par le nouveau juge en charge de l´affaire, comme ce fut le cas lors de ma déposition en juillet 2003, mais bon, le fait de m´être trouvé dans des conditions auxquelles je ne m´attendais pas ne m´a pas perturbé, même si je ne m´y étais pas preparé.

Selon les avocats de M. Hasseni, vous êtes revenu sur une partie de vos accusations à l’encontre du diplomate. Quelles sont ces parties ?

Ce n´est pourtant pas mon sentiment, dans mon esprit tout ce qui a été dit au juge Thouvenot concernant l´ex capitaine Rachid Hassani a été redit avec la même force, toutefois je n´en disconviens pas, il y a eu certainement des omissions involontaires ou des confusions dues aux battages médiatiques entourant toute cette affaire.

Et puis je n´allais quand même pas m´acharner sur le mis en cause, mon but n´était pas de vouloir l´enfoncer à tout prix, mais d´apporter par mon témoignage  une contribution qui mettrait la lumière sur l´assassinat lâche d´un opposant algérien.

Dans cette affaire, fidèle à mes principes, je n´ai obéis qu´à ma conscience et j´avais dit d´emblée au juge que pour moi la personne mise en examen est à 99% celle que j´avais accompagnée à Skikda en 1987. Après la confrontation qui a duré six heures, j´ai fait connaitre au juge en toute honnêteté  que ma conviction était redescendue à 50/50. Il appartient à la justice de déterminer si le mis en examen est coupable ou pas, car je n´ai pas les pouvoirs de police pour matérialiser certains faits, verifier par exemple: s´il a bien était en poste en tant que consul à Bamako au début des années 1990 ou si sa belle famille réside bien au quartier Saint-Jean de Constantine, etc…

J´avais aussi avoué au juge mon erreur en visionnant les photos du journalistes de Mediapart et que j´avais moi même signalé cette erreur au journaliste peu de temps après en lui envoyant la photo et l´identité de la personne en question.

Quels sont les éléments qui ont motivé cette évolution dans votre témoignage dans cette affaire ?

Je ne pouvais pas m´enchainer dans mes certitudes, l´intéressé declare qu´il est né à Tolga et non à Oum El Bouaghi, que son parcours scolaire et professionnel ne correspond pas celui de l´individu qui a piloté le dossier Mecili, qu´il ne s´est jamais rendu à Skikda. L´ ex ministre Abdelaziz Rahabi affirme l´avoir connu à l´ENA , de quel droit devrais-je mettre en doute la fiabilité de son témoignage?

En plus, auparavant, j´avais clairement insisté sur le fait que ma conviction ne sera totale qu´à partir du moment où la confrontation avec le mis en cause aura lieu. Ma conscience m´interdit d´accuser quelqu´un dont  le rôle dans l´affaire Mecili n´a  pas été totalement établi.

Selon l’avocat de la famille Mécili, vous auriez envoyé au juge, avant la confrontation, une lettre faisant état de « menaces ». Confirmez-vous l’existence d’un tel document ?

Effectivement j´avais envoyé au juge une lettre qu´il a versée au dossier. Dans cette lettre je faisais état des pressions et des tentatives de corruption exercées par les hauts responsables du DRS pour obtenir mon silence et ma rétractation. Mais je le répète, ces tentatives n´ont aucunement influencé mon témoignage et c´est à ma conscience seule que j´obéis.

Je profite de l´occasion pour préciser que c´est à cause de cette dénonciation que le premier ministre Ahmed Ouyahia m´a taxé de traitre. Venant de la part d´un larbin des généraux , je trouve cela comme un compliment.

De quel type de menaces s’agit-il ?

Pour l´instant je ne peux pas m´étendre sur ce point sans l´aval du juge, car il a convenu de reprendre la confrontation ultérieurement. C´est justement ce genre d´actes qui m´incitent à plus de prudence et vous comprenez pourquoi j´ai dit au juge que je suis toujours à 50-50 à l´issue de cette première confrontation.

Après cette confrontation, estimez-vous que votre rôle en tant que témoin principal dans cette affaire est terminé ?

Je n´ai jamais cherché à jouer un quelconque rôle dans cette affaire. J´ai toujours été mû par le seul souci de justice et de vérité afin qu´un terme soit mis à l´impunité et aux abus d´une caste qui considère l´Algérie comme une propriété privée. C´est à la justice de decider, mais tant qu´elle me sollicitera je répondrai toujours présent

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