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Hocine Aït-Ahmed: «Le peuple iranien a besoin de notre solidarité» (ffs1963)

Une rencontre de soutien au peuple iranien a été organisée, hier, par l’association du manifeste des libertés à la bellevilloise dans le 20ème arrondissement de Paris. Plusieurs personnalités iraniennes se sont relayé le micro pour dénoncer la répression sauvage qui s’abat sur leurs concitoyens dans les rues de Téhéran. Elles ont su, dans un parfait élan de solidarité, dépasser leurs divergences politiques et assumer ainsi la pluralité du peuple iranien face à un totalitarisme religieux qui a tout fait pour la nier.   

«Le totalitarisme prend fin quand les gens ne supportent plus de vivre dans le mensonge et cette fraude électorale était le grand mensonge, un mensonge qui symbolisait la nature mensongère de l’Etat… le mensonge de trop !», disait Chahla Chafiq, sociologue et exilée politique iranienne, pour qui l’islamisme est le véritable mal de l’Iran. Elle a fait un véritable plaidoyer en faveur de la lutte des femmes en Iran «elles sont au centre des manifestations», poursuit-elle. Elles ne veulent plus être des «demi-hommes»; l’ombre de la jeune NEDA qui a été assassinée pendant les dernières manifestations planait sur la salle «Nous sommes tous des Neda.. », martelait la sociologue. Cette dernière invite la communauté internationale à ne pas reconnaître le régime iranien. 

L’intellectuel Ahmed Salamatian, ancien secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, rappelle à l’assistance qu’en 1953, à la faveur des intérêts pétroliers, fut déposé l’un des gouvernements les plus démocratiques du monde, exemple de tolérance et de progrès, le gouvernement de Mossadeg, avec la complicité des puissances occidentales. «Il y a 30 ans, c’était la passion religieuse qui a balayé le Chah, ce qui est fantastique en ce mouvement actuel, tout le monde croyait que c’était perdu, la liberté et le combat pour la démocratie…d’un seul coup, les Iraniens surprennent le monde ; c’est par la passion de la liberté, le respect du suffrage universel qu’ils se  mobilisent»,  disait l’ancien député iranien et de poursuivre «la différence entre Neda et les martyrs de la révolution iranienne est énorme…le symbole de la jeune fille qui est tuée et que c’est son professeur de musique qui la prend dans ses bras, dans les rues de Téhéran où il y a trente ans on voulait interdire la musique…quel miracle que cela représente ! ».   

La parole est donnée ensuite à M. Hocine Aït-Ahmed, dirigeant historique de la révolution algérienne et symbole de la lutte pour les libertés et la démocratie, fervent défenseur des droits de l’homme : «… Je suis là parce que ma solidarité va automatiquement à toutes les luttes pour la liberté, pour les libertés; le peuple iranien a  besoin de notre solidarité pour que sa voix ne soit pas étouffée mais au-delà, je suis là parce que l’Iran a pour moi une résonance particulière; il s’agit d’une lutte pour la liberté dans le cadre d’une société islamique, or quel que soit le poids très lourd des préjugés et des calculs politiques qui voudraient que cette liberté soit un concept exclusivement occidental: la liberté est bien une valeur universelle M. Aït-Ahmed prévient ceux qui, au sein du régime des Mollahs, veulent réduire la protestation à une simple et banale manipulation de l’étranger: «…vouloir réduire ce combat à une instrumentalisation à visées néocolonialistes, néo-impérialistes ou néo-je-ne-sais-quoi est pire qu’un mensonge, pire qu’une imposture c’est un déni de réalité. Nous avons l’habitude de ce déni, nous, peuples du sud; ce déni est le mode de gestion des régimes qui affirment tirer leurs légitimités des peuples et les représenter et qui lancent leurs milices contre ces mêmes peuples dès que souffle le moindre vent de liberté… ».

Son long discours est plusieurs fois interrompu par des applaudissements nourris de la salle tellement les présents savent qu’il vient d’un pays qui a érigé la fraude électorale et la terreur en mode de gestion politique.  «…Je viens de ce pays ou un coup d’état a suivi l’autre, où les promesses de la révolution n’ont jamais été tenues, où les urnes servent à légitimer les tenants du pouvoir et à être bourrées quand le peuple se lasse et s’insurge contre des dirigeants iniques. Je viens d’un pays où la répression vient sauver ce que l’autoritarisme ne parvient plus à imposer… ».

M. Aït-Ahmed rappelle la répression féroce qui s’est abattue sur la jeunesse algérienne en octobre 1988 et invite les Iraniens à être réalistes face à la situation qui prévaut à Téhéran.  «N’oublions pas le précédent algérien d’octobre 1988 où des centaines de milliers de jeunes exclus et désemparés avaient déferlé dans les rues de mon pays aux slogans (un moment d’émotion) nous sommes des hommes, nous sommes des hommes. On pouvait s’étonner que ce formidable coup de semence n’a pas été fatal au système militaro-policier algérien surtout au moment où se profilait l’effondrement  du système totalitaire soviétique ; il n’en a rien eu, la répression est venue écraser la révolte d’une jeunesse à laquelle le régime refusait à la fois des conditions d’existence dignes et les moyens pacifiques de les revendiquer…»

Il est vrai que la comparaison n’est pas raison et qu’Alger n’est pas Téhéran mais la volonté de réprimer dans le sang la jeunesse iranienne se fait de plus en plus sentir et c’est une répression à huis-clos qui s’organise dans les rues iraniennes puisque les médias nationaux ou étrangers n’ont plus le droit de couvrir les événements «…c’est aux Iraniens de nous dire ce qu’ils attendent de nous, et d’ores et déjà, nous leur devront une chose face à l’impuissance des institutions internationales des droits de l’homme et à l’absence de recours auprès d’une réelle communauté morale universelle, nous leur devons de ne pas nous laisser entraîner dans de sombres querelles idéologiques; nous avons l’habitude de ces repentis exhibés à la télévision pour servir une chanson usée à force d’avoir trop servi, celle de la main de l’étranger. Il nous faut refuser cet amalgame mortifère qui tend de dé-légitimer un mouvement en faveur des libertés et contre la tyrannie en l’assimilant à je ne sais quelle déviance occidentale. Ne nous laissons pas culpabiliser par des rodomontades nationalistes qui sont l’arme favorite de tous les fondamentalismes…Nous devons nous, peuples du sud donner à cette quête de liberté des contours qui nous permettent de ne pas renier notre histoire et concilier notre socle culturel avec les valeurs de l’universel ; c’est là notre vrai défi et c’est aussi ce qui se joue à Téhéran.. ». 

Il n’est pas sans rappeler que de nombreuses personnalités sont venues apporter leur soutien au peuple iranien, on pouvait voir les différents représentants des partis politiques de la gauche française à l’image du PS, PCF et les verts. Dominique Voynet s’est particulièrement illustré par une intervention virulente à l’encontre du régime des Mollahs et assure le peuple iranien du soutien et de la solidarité de l’union européenne.  

Il faut que la solidarité internationale continue à se manifester à l’égard de la jeunesse iranienne, au-delà des personnes et des partis, la démocratie doit être le bien de tous les peuples. Il faut que les états occidentaux cessent de soutenir des régimes corrompus et tyranniques pour des intérêts bassement matériels. Ca y va de l’avenir de l’humanité ! 

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