Travail des enfants à Béjaïa(ELWATAN)

Des collégiens sacrifient leurs vacances

Des mineurs se convertissent, l’été venu, en vendeurs ambulants proposant produits de vergers, galettes, cacahuètes, herbes aromatiques et autres marchandises.

Si pour certains écoliers les vacances sont synonymes de détente, loisirs et autres plaisirs qu’offre la saison estivale, pour d’autres c’est une corvée incontournable. En effet, il y a parmi la population scolaire, des enfants qui se convertissent en la circonstance en vendeurs ambulants, sillonnant les artères de la ville de Béjaïa et ses quartiers populaires. Certains, souvent très jeunes, envahissent les marchés hebdomadaires et les coins de rue pour proposer divers produits de verger, quelques légumes frais, des fruits ou des herbes fraîches. D’autres vous proposent de petites pièces de poissons pêchés la veille, après une longue soirée passée à draguer la générosité de la mer. Samir, âgé de 8 ans, élève au primaire, nage dans son large polo noir et son jean bleu, plutôt vieux que délavé. Il est écolier et les vacances il ne sait pas encore ce que cela veut dire. En effet, dés la grande sortie de l’école, il devient vendeur de galettes au marché.

Des galettes que préparent sa mère et sa sœur. Son père est chômeur, dit-il. Samir doit aider les siens pour subvenir au besoin de la famille. « Pour ce faire, nous vendons du pain dans les marchés hebdomadaires et les autres jours nous faisons du porte-à-porte pour proposer nos galettes aux ménagères », raconte Samir, tout en interdisant aux clients indélicats de tripoter son produit. Massi, diminutif de Massinissa, est collégien. Âgé de 14 ans et traînant un handicap au bras gauche, il vend des briquets et des lames de rasoirs pour aider son père dont le revenu ne suffit pas pour sa famille nombreuse. Massi, qui s’intéresse énormément aux études et qui d’ailleurs est un bon élève, n’omet pas de préciser qu’une partie de la recette sera réservée à « acheter les fournitures scolaires de la prochaine rentrée pour moi-même et mes deux petites sœurs ». Fatah, orphelin de père, dit que sa famille est sans ressources. Pour l’aider, il a choisi le créneau des herbes aromatiques. « C’est ma mère qui plante ces herbes que je vends et c’est de cela que nous vivons », nous dit-il, timidement et tristement.

Hocine, dont l’étal est adjacent de celui de son camarade Fatah, n’a que 15 printemps. Cependant, il donne l’air d’en avoir le double, tant sa façon de parler et de bouger n’est pas conforme à son jeune âge. Lui, c’est le vendeur d’huile d’olives. De grande taille, fétiche, il est enfoncé dans un pantalon tellement court qu’il donne l’impression de porter un pantacourt qu’il retient à la taille avec une cordelette, en guise de ceinture. Il s’est trouvé dans cette situation après le divorce de ses parents et doit aider son grand-père à nourrir toute une famille. Il dit qu’il va à l’école mais que cela « ne sert à rien et ce n’est pas fait pour des gens comme lui sauf que par respect à ma mère je continue à fréquenter l’école ».

Toutefois, Hocine est heureux à baigner dans l’huile. Il se considère « spécialiste de l’huile ». « Je suis mieux que beaucoup de gens, je connais la meilleure huile et toutes les régions où l’huile est très bonne », dit-il, non sans fierté. Si ces chérubins ont choisi la rue pour vendre leurs produits, d’autres se rabattent sur les bars et autres débits de boissons pour proposer à la clientèle des cacahuètes, des pistaches ou des amandes salées. Ces nombreux enfants, précocement adultes, restent dignes malgré la misère. En effet, si vous n’êtes pas intéressés par leurs produits et que vous leur tendez quelques pièces, ils les refusent en vous disant simplement : « Merci, on ne veut pas l’aumône ! ». Espérons qu’ils réussiront dans leurs études et penseront à changer la vie de leurs remplaçants.

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